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Comprendre

Le métier de négociant en pétrole, en six idées

Un négociant de pétrole ne gagne pas sa vie en devinant si le prix va monter. Il achète un baril à un endroit, à un moment et sous une forme, et le revend ailleurs, plus tard ou transformé. Sa marge est l'écart entre les deux, moins ce que coûte de le franchir.

1. La marge est un écart, pas un pari

Le prix du pétrole peut perdre 30 % en quelques semaines. Avec des marges de quelques dollars par baril, un négociant qui parierait sur la direction du prix serait ruiné à la première crise. Les maisons de négoce cherchent donc des écarts : entre deux lieux, entre deux dates, entre deux qualités. Ces écarts existent parce que déplacer, stocker ou transformer du pétrole coûte de l'argent et demande des infrastructures que peu d'acteurs possèdent.

Ordre de grandeurTrafigura, l'une des plus grandes maisons de négoce, traitait près de 3 millions de barils par jour en 2015 et a dégagé un peu plus d'un milliard de dollars de marge brute pétrolière sur six mois, soit environ 1,8 $ par baril avant frais. Les géants gagnent sur le volume, pas sur la marge unitaire.

2. L'écart de lieu : transporter

Un baril produit dans le bassin Permien, au Texas, se négocie à Midland. Le même baril, livré à Houston, sur la côte, vaut généralement un peu plus : depuis un port, il peut être exporté vers l'Europe ou l'Asie. L'écart entre les deux prix rémunère le transport par oléoduc ou par camion. Le négociant qui dispose de capacité de transport capture cet écart.

Le meilleur débouché n'est pas toujours le plus proche. Un port plus éloigné peut rapporter davantage, une fois le transport payé, si sa prime est assez élevée.

3. L'écart de temps : stocker

Quand le marché anticipe un prix plus élevé dans six mois qu'aujourd'hui, on dit qu'il est en contango. Un négociant qui dispose de réservoirs peut acheter aujourd'hui, vendre dès aujourd'hui ce baril pour livraison dans six mois (c'est un contrat à terme : un engagement à vendre plus tard à un prix fixé maintenant), et le stocker entre les deux.

ExempleBaril à 70 $ aujourd'hui, contrat à six mois à 74 $. Stockage et financement : 0,45 $ par baril et par mois, soit 2,70 $. Gain verrouillé dès l'achat : 74 − 70 − 2,70 = 1,30 $ par baril, quel que soit le prix dans six mois.

Un réservoir permet donc de gagner de l'argent sur la différence de prix entre deux dates. C'est pour cela que les maisons de négoce investissent dans le stockage.

4. L'écart de qualité : tous les barils ne se valent pas

Deux mesures comptent le plus. La densité API, une échelle de légèreté du pétrole : plus elle est élevée, plus le brut est léger et donne d'essence et de diesel. La teneur en soufre : un brut soufré doit être désulfuré, ce qui coûte cher aux raffineurs.

BrutAPISoufreProfil
WTI Midland (Texas)40 à 44≤ 0,2 %Léger, peu soufré : très demandé
Eagle Ford (Texas)≈ 48≈ 0,1 %Très léger, presque comme de l'essence
Western Canadian Select20,5 à 21,53 à 3,5 %Lourd et soufré : forte décote

Un mélangeur qui combine un brut lourd bon marché avec un brut léger pour obtenir une qualité recherchée capture l'écart de qualité.

5. Le préfinancement : acheter à quelqu'un qui a besoin de cash

Un petit producteur qui doit rembourser sa banque dans trois mois a besoin d'argent tout de suite. Le négociant lui avance de l'argent contre ses livraisons futures, en échange d'une remise sur le prix. Plus le producteur est pressé, plus la remise est forte.

Le risque : le producteur peut faire faillite avant de livrer. Et il fait faillite précisément quand le prix du pétrole s'effondre, c'est-à-dire au pire moment pour le négociant. C'est ce que les spécialistes appellent le wrong-way risk : les mauvaises nouvelles arrivent ensemble. Voir Méthodes.

Ce que rapporte vraiment ce baril, c'est donc : la remise, moins l'ajustement de qualité, le transport, le coût de l'argent avancé et la perte attendue si le producteur fait défaut. Vous pouvez faire le calcul avec le calculateur.

6. La couverture : neutraliser le prix

Entre l'achat d'une cargaison et sa revente, il s'écoule souvent plusieurs semaines. Si le prix baisse de 10 $ entretemps, une marge de 2 $ disparaît. Le négociant vend donc dès l'achat un contrat à terme, c'est-à-dire qu'il fixe tout de suite son prix de revente : si le prix baisse, il perd sur la cargaison mais gagne autant sur le contrat. Il ne lui reste que sa marge, plus un petit risque restant, parce que le prix physique et le contrat ne bougent jamais exactement ensemble.

Le simulateur de couverture montre ce que cela change sur des milliers de scénarios.

Sources : Swissinfo (résultats semestriels de Trafigura, juin 2015) ; S&P Global Platts (spécifications du WTI Midland) ; Oil Sands Magazine (spécifications du WCS) ; témoignage de J. Auers devant le Congrès des États-Unis (Bakken, Eagle Ford).